Foire aux questions

Le monde bancaire n’est-il pas devenu trop complexe pour pouvoir séparer distinctement la spéculation du reste ?

« Eh bien, c’est l’argument le plus fort pour un Glass-Steagall moderne. S’il est trop compliqué de mettre en œuvre [des régulations], devons-nous abandonner et laisser les plus grandes institutions financières faire ce qu’elles veulent ? Ou ne serait-ce pas plutôt la preuve que nous avons besoin d’un nouveau Glass-Steagall ? » Elizabeth Warren, sénatrice démocrate, professeur de droit à Harvard et membre de la Commission du Sénat des Etats-Unis chargée des banques, 14 mai 2012, The Washington Post.

Les banques ont besoin de recourir au financement de marché pour servir leurs clients.

Cet argument n’a pas lieu d’être. Le métier bancaire consiste précisément à créer des valeurs financières (titres, outils financiers, crédits) au-delà des dépôts qu’on lui donne à gérer. Il est communément admis que pour 1 de dépôt, une banque peut lever 10 de crédit. Pire, il arrive aujourd’hui que l’effet de levier atteigne 1 pour 50… mais pour des activités spéculatives.

La seule activité de prêt aux entreprises ne peut justifier la banque universelle dans son ensemble, si ce n’est pour couvrir l’essentiel des activités de marchés sans lien avec l’économie réelle, mais tellement rentable financièrement.

Pierre Moscovici, le 20 mars 2013 : « Il n’était pas utile de couper les banques d’affaires des banques de dépôts, ce qui aurait affaibli notre secteur bancaire face à ses concurrents étrangers. La banque représente 400 000 emplois dans notre pays, ne l’oublions pas. »

Nombre d’ingénieurs et de chercheurs ambitieux font aujourd’hui partie de ces 400 000 emplois parce que leurs secteurs de prédilection sont dévastés et leurs salaires trop peu valorisés. La fuite des cerveaux français a son explication : une financiarisation vieille de 30 ans.

Si la minorité aux postes de direction des méga-banques ne se rappelle pas que c’est l’activité de l’économie réelle qui fait la bonne santé du secteur bancaire, c’est au politique de le dire. Le krach financier qui vient devrait nous permettre de comprendre qu’il ne s’agit pas de choisir de sauver ou bien les banques, ou bien l’économie, mais plutôt, soit la finance, soit l’économie réelle et les métiers bancaires qui s’y rattachent.

Est-ce bien sérieux de penser que la France puisse le faire seule ?

La France peut le faire seule, c’est ce qu’on appelle la souveraineté. Mais elle ne peut tenir économiquement isolée du monde. Cependant, tout pays a intérêt à défendre son économie productive, et la plupart en sont conscients. Si la France a choisi de faire l’impasse sur une véritable réforme bancaire, c’est non seulement son propre peuple, mais aussi les peuples grec, italien, espagnol et autres qui en subissent les conséquences. Or, de par son importance en Europe, la France a les moyens d’initier la rupture avec ces intérêts financiers et de rallier à elle d’autres nations qui ne sont pas assez fortes pour le faire.

Si l’on remet en cause la dette, certains y perdront.

Effectivement, on ne pourra pas payer toutes les dettes : les bulles spéculatives ne pourront plus être assumées. C’est donc à dessein que la séparation bancaire doit établir un mur de feu entre les bulles spéculatives et les activités bancaires classiques.

Si les Etats doivent envisager le paiement partiel des dettes engrangées depuis plusieurs décennies, ce ne sera pas au détriment des plus fragiles. L’enjeu de cette réforme n’est pas que personne n’y perde d’argent, mais que personne n’y perde son travail, son toit ou sa vie.

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